Il ya quelques jours, je suis partie à la rencontre de Léo et Lucas, heureux propriétaires du domaine L’Infernal à Torroja (Priorat, Espagne). Découvrons les coulisses du métier de vigneron…

A peine atterris à Barcelone, Léo vient nous chercher avec son pick up, direction Torroja. Il fait nuit, la route est longue, sinueuse, on n’en voit pas la fin. On arrive dans un village (presque) mort, à 22h30.

« Allez, venez on va se boire une petite bière au bar du village »

Le bar du village ? Il y a des gens qui vivent ici ?
On se retrouve sur la terrasse de Torroja, où 8 personnes sont installées autour de quelques tables en plastique, à boire de la San Miguel et rire en catalan. Forcément, quand tu arrives en tee shirt rose fushia, veste léopard, et banane en cuir, tu fais tâche. Vivement demain ! 

Immédiatement, les garçons nous racontent leurs premier jours ici… « C’était pas évident, il y a des gens qui ne nous répondaient même pas quand on leur posait une question« . Aaaah, la mentalité catalane. On est bien loin de l’accueil chaleureux et festif des barcelonais. Les premiers mois ont été très difficiles. Il leur a fallu travailler dur pour se faire une place et surtout se faire accepter.
« On se levait à 4 heures du matin pour aller dans les vignes. Comme elles sont en face du village, tout le monde nous voyait bosser, les premiers, tous les jours. C’est grâce à ça qu’on a su se faire accepter et qu’aujourd’hui on a notre place ici. »

Priorato, un domaine d’exception

Si vous êtes des amateurs de vin, vous avez forcément déjà entendu parler du Priorat. La région tient son nom de la création d’un prieuré (priorat) par des moines français pendant le Moyen-Âge.
La qualité des vins est certifié par un label « DO » qui est l’équivalent de l’AOQ (Appellation d’Origine Qualifiée) en France.

L’aventure de l’Infernal commence en 2002 avec le trio Laurent Combier, Jean-Michel Gérin, et Peter Fisher. Déjà connus dans le Rhône, ils s’installent dans le Priorat. Ils ont ensuite planté plus de 9 hectares de vignes et ont propulsé les vins de ce petit village à une échelle mondiale. On retrouve aujourd’hui plusieurs cuvées plus connues sous les noms de : Face Nord (100% Syrah), Fons Clar (100% Carignan), ElCasot (100% Grenache), Aguilera (100% Carignan), RIU rouge (33% Grenache, 33% Carignan, 33% Syrah) et RIU blanc (50% Grenache Blanc, 50% Macabeu).

Après des mois de réflexion, de bataille avec les banques et les différents organismes administratifs, Léo Cuisinier et Lucas Chazallet obtiennent leur prêt et rachètent le domaine pour se lancer dans l’aventure de leur vie ! Je vous raconte tout ça…

C’est parti pour la découverte !

Après une nuit au GRAND calme, on se lève sous un soleil de plomb (oui en février). Il fait déjà 20 degrés à midi. On enfile une finette (pour se rappeler qu’on vient d’Alsace et que le froid c’est notre passion) et direction la cave. Léo et Lucas nous emmène là où tout se passe. A l’intérieur le calme plat. Une trentaine de futs en bois reposent ici et travaillent le vin.
Les énormes cuves en haut sont lavées et attendent patiemment l’heure des vendanges. Ca sent bon ici. Si vous n’êtes jamais entrés dans une cave, je vous promet que vous loupez quelque chose.
Cette odeur fraiche de vin et de bois est un plaisir olfactif indéniable.

C’est l’heure de déguster ! Le vin est directement extrait de plusieurs tonneaux. On découvre ce qu’il est avant, pendant, et bientôt à la fin de sa fermentation.
Dégustation à l’ancienne.
Léo et Lucas nous raconte avec enthousiasme et émotion leurs premiers mois ici.

« On a du tout reprendre, comprendre. Comment ça marche, comment ça se prépare, comment ça s’entretient. Tu sais, quand t’arrives ici, que tu t’es endetté jusqu’au cou pour vivre ton rêve, t’as pas le droit à l’erreur »

La visite guidée continue : les tracteurs, les machines d’entretien, le lac artificiel obligatoire pour que les pompiers aient accès à de l’eau s’il y a un feu, et puis… le clou du spectacle : les vignes.

Elles sont là, elles sont belles. Elles sont en pente (un peu plus qu’à Orbey, où je les trouvais déjà trop vertigineuses lors des vendanges), elles sont étalées et montent jusqu’en haut de la crête.

« Allez montez dans le pick up, on va aller admirer la vue d’en haut »

Ah super ! Quoi ? Quel vertige ? Pfff je vois pas de quoi tu parles.
On monte dans la remorque du pick up et c’est parti pour 15 minutes de montée vertigineuse. On a clairement l’impression que d’une minute à l’autre, on va dévaler cette pente.
Mais ça se passe, on arrive même tout en haut (non sans peine). Le jeu en valait la chandelle.

C’est ici, en haut de cette crête, avec une vue imprenable sur tout le Priorat, que je déguste leur vin blanc, le RIU 2012. C’est un régal.

Je fais partie des gens qui pensent que boire un vin dans un cadre exceptionnel, avec des amis, à un moment précis de ta vie, peut lui donner un goût encore plus prononcé. C’est le cas à ce moment-là.
Je me rappellerais toujours de ce goût délicieux et de l’émotion qui se lisait dans les yeux des deux jeunes vignerons.

« Bon ben on boit à notre premier mariage ! Ben oui, acheter un domaine c’est un engagement à vie ! On est comme mariés putain ! »

Full support

Si j’ai choisi de vous parler de cette région, ce lieu, ces deux vignerons, c’est parce que je pense qu’il est important de soutenir tous ceux qui se lancent dans des projets où on ne voit jamais la fin.
Je trouve que ce « sacrifice de vie » est une belle preuve de vie justement.

Ce n’est jamais facile de tout plaquer (confort, amis, amour, travail, et même internet – oui oui) et de se retrouver dans un minuscule village où t’es pas immédiatement accepté.
Léo et Lucas sont deux jeunes hommes travailleurs et passionnés par leur métier. Ils méritent tout l’encouragement du monde !

Si vous allez faire un tour en Espagne, même un weekend à Barcelone, ne manquez pas la chance d’aller les rencontrer. Ils vous feront vivre un moment hors du temps, que vous n’oublierez jamais !

Acheter leur vin

 

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